Les humeurs du professeur Tournefloor : Épisode 1

Épisode 1 : Le pot-au-feu

Parlons cuisine : 10 ans de pot-au-feu valent bien un petit partage d’expérience. Anodin le pot-au-feu ? certainement pas ! Prétentieux celui qui pense détenir la recette parfaite ! Car la recette n’est rien sans un chef d’exception et sans des ingrédients finement sélectionnés. J’ai eu le privilège de me délecter d’un pot-au-feu préparé par un vieux brisquard il y a quelques années, composé de légumes certainement un peu verts et issu d’une recette peu académique, plus improvisée que tirée d’un livre de cuisine et pourtant sans doute le meilleur qu’il m’ait été donné de déguster.

Il y a eu par la suite les pot-au-feu préparés par deux chefs, voire trois chefs, jeunes, anciens, jeunes et anciens, tous de bonne volonté essayant diverses recettes, suivant les instructions du livre à la ligne, reprenant les recettes de grand-mère ou expérimentant de nouveaux mélanges : légumes exotiques, du terroir, trop mûrs, trop verts, parfois gâtés ou même un peu pourris de l’intérieur. Certains se sont approchés de la vérité c’est vrai, d’autre m’ont laissé un goût amer, tous valaient le coup d’être essayés mais aucun n’a réveillé en moi cette envie d’en reprendre plus que de raison. Chaque année l’espoir renaît, nouveau chef, nouvelle recette, quelques nouveaux légumes mais rien n’y fait.

Cependant cette année un grand cru est en préparation, je sens les effluves me titiller les narines. Trois chefs parmi les meilleurs cuisiniers du moment, le choix d’une recette de tradition, du fait maison, du vrai, un mélange d’ingrédients et de saveurs incomparables. Fini les patates chaudes, les navets, les poireaux et autres carottes, écartés les légumes pourris, que du bio. S’il faut parler aux fleurs il en est de même pour les légumes et ceux-ci en auront entendu des discours. Tous prêts à entrer dans le chaudron, à échanger leurs qualités pour un nectar de pot-au-feu, ce goût incomparable qu’ils ressentiront, ces frissons, cette envie d’en reprendre encore et encore c’est juste le goût de la victoire.

Tryphon.